Je suis comme une petite planète, je suis un terrain vague…
Voyez le plateau désertique présent à ma naissance. Bien nourri et arroser pendant un certains temps... Le relief se dessinait, un charmant petit ruisseau bordait la vallée où l’herbe éparse commençait à pousser...
De ce climat doux et paisible, nul n’aurait pu se douter qu’un ouragan aller tout dévaster. Le ciel s’est obscurci, des trombes d’eau se sont mises à tomber, le lit de la rivière n’a pas pu le supporter, il a débordé, en un torrent de boue sur la vallée il s’est déversé, raflant les premières pousses, chassant la lumière... Cette terre si prometteuse s’est transformée en un no man’s land. Seul le brouillard régnait, une atmosphère moite et malsaine, étouffante, englobante... Une terre sans raison, abandonnée et abandonnant.
Mais Mère Nature est puissante, bien plus forte que le plus violent des ouragans et dans sa bonté, sur cette terre délaissée, elle a bâti un mur, un mur d’une taille infranchissable, d’une force inimaginable, d’une profondeur à toute épreuve. Le brouillard est resté derrière le mur...
De l’autre côté, la vie a repris du terrain... Cahin-caha, le gazon a repris sa croissance, quelques fleurs sauvages se sont mises à pousser, des chemins tortueux se sont créer...
Mais la source de vie était de l’autre côté, cette nouvelle terre était mal irriguée... La végétation poussait de biais, bloquée qu’elle était par ce mur colossal qui projetait sur elle une ombre pesante et terrifiante... Aucune belle couleur n’arrivait à germer, pas un arbre n’était droit... C’était une terre sauvage mais résistante… Elle luttait coûte que coûte pour se maintenir en vie mais elle n’était pas en pleine possession d’elle-même… Coupée d’une partie d’elle, coupée de sa source de vie…
Alors les racines se sont manifestées, peu à peu elles ont effritées le mur, le fissurant de l’intérieur, ces branches puissantes ont ressenti le besoin d’aller voir de l’autre côté… A force de persévérance, le mur a cédé…
Mais de l’autre côté, la source si longtemps contenue s’était mise à bouillir… La cassure du mur a fait l’effet d’une irruption volcanique… La terre s’est mise à trembler… Le brouillard a tout brouillé… Une lave brûlante s’est écoulée et s’est mise a tout cramé… ça a fait l’effet d’un tourbillon enflammé… un paysage de désolation d’où émergeait une énergie violente emplie de désir de destruction…
Mais la terre avait muri, elle n’était plus aussi fragile qu’à ses débuts, malgré les chemins sinueux qui s’étaient gravés en elle, malgré les arbres tortueux qui la peuplaient, malgré sa végétation sans couleur… Elle était plus forte, plus à même de faire face à ce mal qui la rongeait…
Alors elle s’est armée de patience et peu à peu le brouillard s’est dissipé, peu à peu la source de vie, si petite fut elle est devenue visible, peu à peu quelques racines ont atteint cette source, peu à peu cette terre s’est unifiée…Une fois encore Mère Nature est venue à sa rescousse : des trombes d’eau salée se sont mises à tombées, sans relâche, épuisantes, incontrôlables…
Et peu à peu, la terre s’est nettoyée, la terre s’est lavée, elle s’est éclaircie… Il en a fallu du temps, du temps et l’aide de la force de Mère Nature…
Si on regarde d’un peu plus près cette terre aujourd’hui, on est surpris de découvrir qu’une grande mer a remplacé le ruisseau, elle s’étend à perte de vue, ses vagues en aller retour sont comparables au mouvement continu de la respiration. Cette mer inspire et expire, de son souffle, elle irrigue les ruisseaux, les fleuves et les lacs qui l’entourent…
Plus à l’est, il y a des montagnes recouvertes d’herbe formant un relief né de la violence de l’irruption. Au cœur de cette chaine montagneuse, on peut d’ailleurs voir un gouffre qui s’étend sur plusieurs kilomètres, comme les marques d’une blessure qui ne se serait pas refermée mais qui est apaisé. A bien y regarder, ce gouffre n’a plus rien de menaçant, il s’est tari, c’est un lieu mort qui ne peut plus se réveiller…
Plus à l’ouest, les arbres tout tordus ont continué de pousser, d’autres s’y sont ajoutés, leurs branches ne sont plus vides, leurs racines sont irriguées, les arbres ont des feuilles, de nombreuses feuilles d’un vert prometteur… Les chemins tortueux et dangereux se sont davantage lissés, certains se sont réunis et semblent faire une autoroute, un tracé large et sûr qu’on a envie d’empreinter… Et puis, par-ci, par-là, de jeunes pousses sortent de terre, de petites tiges s’élèvent vers la lumière… On dirait des fleurs prêtes à éclore… Peut-être est-il encore un peu trop tôt mais il est fort à parier que dans quelques temps, elles s’épanouiront, fleuriront de toutes les couleurs…
Et bien ça alors ! Un coquelicot vient de s’ouvrir, magnifique dans sa robe rouge étincelante… Oui, cette terre est riche… Riche de toutes ses potentialités… Elle n’a rien de banal, rien de commun… Elle s’est reliée à toutes ses parties, elle a survécu aux tempêtes et tire maintenant sa force et sa singularité de tout ce qu’elle a enduré, traversé, surpassé… Une pluie fine vient parfois se déverser sur elle, c’est bon, ça l’irrigue, ça continue de la nettoyer en profondeur, ça la nourrit… La terre l’a acceptée comme une amie… Bien sûr cette puissante étendue, qui s’avère en réalité ne plus être du tout un terrain vague, cette puissante étendue n’est pas à l’abri d’un orage violent, d’une nouvelle tempête, ou d’un raz de marée… Mais cette terre a muri, s’est fortifiée, s’est unifiée, elle sait qui elle est et les ressources qu’elle abrite, elle est maintenant prête à accepter les intempéries et à s’y adapter. Elle a atteint un équilibre et reste vigilante, elle sait le temps et la patience qu’il lui a fallu, elle sait que rien n’est acquis mais que tout se renouvelle, s’entretient, se soigne… Elle ne sait pas de quoi sera fait son futur mais elle sait son passé et en accepte les traces, elle vit au présent et s’évertue à le vivre pleinement…
Merci la vie, merci Mère Nature.
Danse ton clown... Un étrange intitulé pour une expérience intense et hors du commun.
Tout d’abord, entrer dans la danse des 5 rythmes (fluide, staccato, chaos, lyrique et quiétude) et se laisser guider par elle. Laisser son corps parler, s’exprimer, exprimer ce qui est en soi, exprimer qui l’on est, notre être profond...
Rythme fluide, en douceur, plonger en soi, dans des mouvements ronds et continus... J’accueille ce qui vient, ce qui émane de moi, des émotions, des sensations, premier instant de peur limite d’angoisse mais je laisse venir... mon corps dans ses gestes retranscrit ces émotions, à sa façon. Je laisse faire, je me laisse guider par le corps, il prend une place qu’il n’a jamais eu jusqu’ici, il bouge comme il n’a jamais été autorisé à le faire, dans sa maladresse, son hésitation, c’est un temps pour lui, je prends conscience de sa présence... De son besoin de douceur et de bercement... Les sons continuent, mon corps s’enracine dans le présent, sur terre... Sensation de douce bienveillance envers soi même...
Et le rythme s’accélère, devient staccato... Les gestes se font saccadés, plus secs, plus incisifs, plus tranchants... Je deviens guerrière pleine de rage et de colère qui s’expriment et qui sortent... Complètement engagée dans l’énergie du feu, de l’action... Ne pas laisser faire, devenir l’acteur de sa vie... Donner l’impulsion, devenir le moteur... Découvrir une énergie nouvelle, forte, engagée... Capable d’avancer au lieu de reculer...
A ce rythme succède le chaos, moment de lâcher prise, de tout évacuer... De laisser l’eau pénétrer tout son être, de nettoyer, de laver... Tout ce qui a pu être si longtemps retenu... Se décharger... Retirer tout ce qui n’est pas vraiment à soi... Tout ce qui n’est pas vraiment moi... Bien sûr quelques blocages encore, en prendre conscience et l’accepter, ne pas se forcer... Evacuer tout ce qui peut déjà l’être... Danse une espèce de transe sauvage, démesurée, non contrôlée, celle du laisser aller, du laisser passer... Sentir naître une légèreté...
Sur le rythme lyrique... Mon vent est ample et frais... Un souffle puissant mais bienveillant, un souffle qui enrobe et qui protège... Je peux enfin prendre plus de place, plus d’ampleur... Sensation de liberté, de légèreté, emplie de vie et d’envie de donner, de partager, d’offrir ce cadeau qui m’est donné...
Puis un retour sur soi, sur le rythme stillness, celui de la quiétude... Sentir la paix à l’intérieur... Et son propre mouvement, son propre rythme... Une unité dans la diversité... Chaque partie a pris sa place... Toutes les facettes ne forment plus qu’un sans que l’une ou l’autre soit rejetée... Osmose avec soi même, unisson, tel un orchestre qui s’accorde et dont JE est le chef d’orchestre... Conscience de soi... Harmonie...
La musique s’achève, le sentiment de paix et de légèreté reste et s’installe. Un vide aussi... Mais pas désagréable, un vide serein, le vide de tout ce que j’ai lâché, de tout ce dont je me suis débarrassée... Je me sens moi, je me sens être... Je sens le mouvement en moi, la respiration, la vibration...
Ainsi libérée, je peux accueillir le clown, lui faire une place, le rencontrer... Le clown n’est pas un personnage surfait, il ne vient pas de nulle part, il ne surgit pas de rien, il ne vient pas seulement pour nous faire rire... Mon clown vient de moi, de ce que je suis au plus profond de mon être... Comme un meilleur ami, il me connaît par coeur, il sait mes défauts aussi bien que mes qualités, il connaît mes blocages, mes tics, mes délires... Et il en joue, il les amplifie, les exprime, il les accepte et s’en amuse... Bon, alors bien sûr, il y a moi, moi qui parfois limite un peu le clown... Mais j’observe ça aussi... Le clown n’est pas totalement libre du jour au lendemain... Le clown vient juste de naître, dans sa simplicité, dans sa forme brute, dans toutes ses potentialités... Il en rencontre d’autres, tout aussi jeunes que lui, s’en inspire, les imite... ou non... Aime ou n’aime pas...
Le début de l’histoire, juste une naissance... Pas encore baptisé... Ça viendra... Le nourrir, lui laisser une place, s’en enrichir...
Impressions suite au stage "Danse ton clown" animé par Ingrid Marcq http://echappeebelle.org
Escapade de 3 jours, paysages magnifiques et temps au beau fixe… Idéal pour se ressourcer, en prendre plein la vue, se recentrer et respirer pleinement !
Prendre conscience de la beauté de la nature, de la force des éléments et aussi de la capacité des Hommes à construire des monuments qui s’intègrent au paysage et les servent pour les sublimer.
La mer et toutes ses couleurs, ses mouvements continuels, les vagues qui claquent les rochers, le vent qui souffle, les mouettes, les goélands… et les moutons dans les herbus, chaque chose a sa place et de la place pour chaque chose…
La grandeur impressionnante d’une abbaye, son silence qui invite à un respect, respect des lieux, respect de soi…
Les côtes et leurs végétations qui poussent dans tous les sens, de toutes les couleurs, ce qui donnent à l’ensemble un caractère unique et sauvage…
Les remparts, impressionnantes tours de pierre, preuve s’il en est, que l’on peut se construire de gigantesques protections, résistant aux invasions et au temps…
Des coquillages, de toute sortes, de toutes formes, de toutes les couleurs et de toutes tailles, ils semblent se ressembler à première vue mais dès qu’on y regarde de plus près, tous différents, tous uniques, du plus petit au plus grand, du plus fragile au plus costaud, tous précieux et formant un joyeux mélange…
Le long des routes, les fleurs sauvages, les coquelicots qui se font rares, mais d’un rouge vif sublime… j’en vois un qui se démarque des autres fleurs… et quelques mètres plus tard, un petit champ empli de coquelicots… je souris… c’est donc possible… Joli clin d’œil que la vie vient de m’offrir…
Emmagasiner toutes ses images, ses émotions, ses sensations, leurs forces, leurs différences, leurs respects, leurs harmonies, leurs organisations désorganisées, placer tout ce riche mélange en soi, l’intégrer au paysage qui est déjà là, venir le compléter, s’en enrichir… serrer le poing et tout garder à portée de main…
C’est beau, c’est chouette, c’est plein d’espoir, conscience de la chance que l’on peux aussi avoir, conscience de l’importance d’en prendre soin, d’y être attentif, vigilant, de l’entretenir, la faire grandir…
La faire pousser sur ce terrain sauvage, l’ensemble pourra peut être faire un aussi magnifique paysage, plein de force dans ses différences…